« Calls », la dernière tuerie de Canal +

« Calls », la dernière tuerie de Canal +

Angoissante, immersive, audacieuse, la dernière création originale de  Canal + « Calls » casse les codes des séries traditionnelles en zappant l’image pour mieux saisir les sons. Une vraie réussite. 

Au départ, le projet avait de quoi surprendre. En octobre 2016, lorsque Timothée Hochet, jeune réalisateur de 22 ans, publie sur YouTube une vidéo de 10 mn intitulée « CALLS – Expérience Auditive », la démarche intrigue. Au début de la vidéo est écrit :

CALLS est une expérience auditive. Sentez-vous libre de partager des dessins, descriptions, ou réactions face caméra de ce que vous avez imaginé pendant l’écoute de ce court métrage. L’usage du casque/écouteurs est recommandé.

Aucune image, tout passe par l’écoute des dialogues entre les personnages, avec des voix souvent nouées par la peur. Les commentaires sont enthousiastes devant cette immersion inattendue et bien flippante. Un an plus tard, l’expérience auditive a fait son chemin puisqu’elle a séduit les équipes créations de Canal +. Dix épisodes de 10 à 15 minutes chacun et plusieurs guests (Kyan Khojandi, Mathieu Kassovitz, Baptiste Lecaplain…) qui se frottent pour la première fois à cet exercice. Timothée Hochet est toujours à la réalisation, avec Lorenzo Benedetti en tant que producteur. Rien à dire, le résultat est une vraie réussite. Chaque épisode raconte une histoire différente dans un univers que l’auditeur se construit au fil des minutes. Déroutant.

On a discuté avec Timothée Hochet pour en savoir plus sur les origines de ce projet un peu fou. Selon lui, « La meilleure façon d’apprécier cette série, c’est de la regarder dans le noir, seul, tard le soir ». Il poursuit :

Cette idée de format m’est venue en écoutant des enregistrements de la police américaine, et un appel en particulier qui m’avait marqué. J’ai ensuite eu envie de l’adapter en série.

Une envie qu’il a bien fait de mener à son terme. Au cinéma ou dans la vie, le plus terrifiant est souvent ce qui ne se voit pas. Un monstre sous le lit, une ombre près de la fenêtre, la vraie peur n’a pas de visage et avance masquée. Dans « Calls », aucun risque de découvrir l’identité de cette chose qui nourrit tous les fantasmes :

Je suis un grand fan de film d’horreur, mais j’étais toujours déçu lorsque le personnage censé faire peur apparaissait à l’image. Quand on imagine la chose, l’émotion est plus forte que lorsqu’on la voit.

Pour incarner ses voix, Timothée Hochet s’est entouré d’acteurs bien singuliers, choisis pour donner plusieurs tonalités à la série. Jouer dans « Calls », une vraie performance qui n’a pas été simple à mettre en œuvre dans un camp comme dans l’autre :

Avant de faire la série, je n’ai pas rencontré les acteurs. C’était donc important de m’adapter rapidement à chacun. Le plus compliqué pour les acteurs était de se mettre dans des situations précises, de se rappeler, par exemple, qu’une action avait lieu sous l’eau. Avec Matthieu Kassovitz, en 2h, c’était bouclé. Il savait exactement ce qu’il avait à faire et connaissait ses limites, d’où la différence entre un amateur et un pro.

Au vu du succès de la saison 1, on pourrait penser à une suite. Mais non, son créateur ne voit pas plus loin que ces dix histoires : « Non, le travail est fini. Je suis allé au bout de la série, et je pense qu’il ne faut pas l’étendre pour ne pas l’essouffler. » Ce serait dommage, en effet, de gâcher un format aussi unique et originale.

Calls saison 1 disponible sur le site de myCanal.